À la Une: cinq ans après, les juntes ont-elles tenu leurs promesses?

February 24
4 mins

Episode Description

Cinq ans après le putsch au Mali, suivi ensuite de ceux du Burkina Faso et du Niger, Jeune Afrique s’interroge : « Les juntes ont-elles tenu leurs promesses ? »

Dans les trois pays, les militaires arrivent au pouvoir au nom de l’impératif sécuritaire : « le discours est rodé, note le site panafricain : seuls les militaires peuvent gagner la guerre que les civils ont perdue. Finis, les atermoiements diplomatiques, les contraintes des accords de défense avec Paris, les états d’âme sur les droits humains ou la nécessité d’ouvrir un dialogue. Place à une guerre “totale“, menée par des soldats qui connaissent le terrain, épaulés par de nouveaux partenaires, Russie en tête, débarrassés des scrupules voire des arrière-pensées occidentales. Résultat ? Pas de quoi pavoiser… », s’exclame Jeune Afrique. Aussi bien au Mali qu’au Burkina et au Niger, « la situation sécuritaire s’est détériorée. (…) Partout, la même logique à l’œuvre : une militarisation à outrance de la réponse, une répression sans discrimination des populations accusées de complicité avec les jihadistes, un recours massif à des supplétifs étrangers, Africa Corps au Mali et au Burkina, des milices locales partout. Et le même résultat : une insécurité aggravée, une violence débridée, des populations prises entre le marteau jihadiste et l’enclume militaire. »

Un changement de tuteur

Jeune Afrique dresse un bilan tout aussi catastrophique sur le plan économique : les juntes avaient promis « souveraineté, rupture avec la dépendance néocoloniale, reprise en main des ressources nationales. Exit le franc CFA, symbole de la servitude monétaire. Exit aussi les “prédateurs“ occidentaux qui pillent les richesses africaines. Place à une économie enfin au service des peuples, débarrassée des tutelles étrangères. »

Résultat : « La Russie, la Chine ou la Turquie se sont engouffrées dans le vide laissé par l’Occident, négociant des contrats qui ne sont pas nécessairement plus avantageux pour les populations. La souveraineté économique proclamée se révèle n’être qu’un changement de tuteur. »

Comptables devant personne

Enfin, « c’est peut-être sur le plan politique que le bilan est le plus édifiant, soupire encore Jeune Afrique. Car, au-delà des promesses sécuritaires et économiques, ces putschistes avaient tous juré, la main sur le cœur, de rendre le pouvoir aux civils après une brève “transition“. » Il n’en a rien été… Et on est arrivé à « une prise en otage du débat politique, une interdiction de penser autrement, une impossibilité de sanctionner démocratiquement des dirigeants qui, précisément, ne doivent rien aux urnes. Car c’est là le nœud du problème, constate le site panafricain : ces juntes ne sont comptables devant personne. Elles ne craignent ni l’alternance ni la sanction populaire. Leur seule légitimité repose sur la force des armes et sur la propagande. »

Et Jeune Afrique de conclure : « Ces lignes nous attireront certainement la vindicte des thuriféraires de ces apprentis sorciers en treillis. “Dire la vérité en des temps de mensonge universel est un acte révolutionnaire“, écrivait Orwell dans 1984. (…) L’Histoire jugera sévèrement ces régimes qui auront trahi les espoirs qu’ils avaient suscités. »

Walid, le trafiquant d’êtres humains : « sa cruauté était inconcevable »

À lire également dans Le Monde Afrique cette enquête glaçante sur ce trafiquant d’êtres humains qui vient d’être condamné à 20 ans de prison aux Pays-Bas pour trafic de migrants.

Il se faisait appeler Walid, mais personne ne connait sa véritable identité : « Depuis Bani Walid, dans le nord-ouest de la Libye, cet Érythréen organisait la détention de migrants dans des conditions épouvantables, relate le journal, jusqu’à recevoir d’importantes sommes d’argent de leurs proches. (…) 196 témoins, majoritairement érythréens, ont été entendus pendant l’enquête. »

L’un d’entre eux raconte : « Nous n’avions droit qu’à un repas par jour. Des gardes armés nous menaçaient. Nous pouvions sortir une fois par jour, en demandant à aller aux toilettes, détaille-t-il. Sa cruauté était inconcevable. Dans le camp, il y avait des migrants somaliens qui ne pouvaient pas payer. Walid les forçait à travailler pour lui. »

Le Monde Afrique poursuit : « Selon d’autres témoignages, les migrants étaient “constamment fouettés avec un tuyau d’arrosage“, menacés par le maître des lieux, armé. Une femme raconte avoir été battue et violée par des hommes sous les ordres de Walid. Le seul moyen de partir était de payer la traversée vers l’Europe : 2 200 dollars. » Une traversée qui bien souvent tournait au naufrage et à la noyade…

Walid a certes été condamné. Mais c’est un trafiquant d’êtres humains parmi d’autres. Et, soupire le journal, il a été remplacé…

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