View Transcript
Episode Description
Bonjour à toutes et à tous,
Je vais être honnête avec vous. Le portrait que vous allez découvrir cette semaine est très différent de celui que je pensais écrire au départ.
Voici l'histoire de Virginia Giuffre, les monstres c'est nous.A travers la vie de cette femme qui fut l'une des premières victimes de Jeffrey Epstein à avoir le courage de témoigner contre lui à visage découvert, j'avais l'ambition de m'attaquer au récit de l'affaire Epstein.
Mais cette affaire est trop tentaculaire. La tâche était trop vaste, il m'aurait fallu beaucoup plus que ce portrait.
Et puis surtout, j'ai été happé par l'histoire de Virginia Giuffre, et par les horreurs que nous lui avons fait vivre. Je dis nous, car ses années sous la coupe de Ghislaine Maxwell et Jeffrey Epstein ne furent qu'un des maillons d'une longue chaîne de souffrances dont notre société n'a pas voulu la protéger.Une souffrance contre laquelle elle s'est battue avec un courage, un amour et une détermination époustouflantes. Mais une souffrance qui a fini par avoir raison d'elle, avec son suicide il y a tout juste un an, le 25 avril 2025.
Je n'ai rien voulu cacher du récit de sa vie, en grande partie tiré de son autobiographie "Nobody's girl". Ce portrait qui est de loin le plus long que j'ai écrit contient des passages très difficiles. Si les sujets de l'inceste, du viol ou des violences sexuelles peuvent être activants pour vous, prenez d'abord soin de vous et sentez-vous libre de ne pas le lire.
Mais pour celles et ceux qui n'ont pas connu ces violences dans leur propre chair, je crois que nous avons la responsabilité de les regarder en face.
Car les souffrances abominables endurées par Virginia Giuffre ne sont pas une exception, elles sont le quotidien de millions de femmes et d'enfants.Rien qu'en France, 160 000 enfants chaque année, dont 130 000 filles, sont victimes d'inceste, de viol ou de violence sexuelle. Un enfant toutes les 3 minutes. Pour la plupart d'entre elles et eux entre le CP et le CM2. Et l'auteur de ces violences est dans la majorité des cas un homme de leur propre famille.
Également car l'impunité dont a bénéficié Jeffrey Epstein n'est pas l'exception, elle est la norme. En France encore, seuls 3% des violeurs d'enfants sont condamnés, à peine 1% pour les auteurs d'inceste.
Tout cela nous le savons. Pourtant nous nous taisons, jugeant que cela ne nous regarde pas, que ce n'est pas si grave, que nous n'y pouvons rien. Comme l'explique cet article de face à l'inceste, tant que nous n'interrogerons pas l'asymétrie de pouvoir de l'adulte sur l'enfant, tant que nous refuserons de remettre en question le système qui repose sur ces violences, nous leur permettrons de continuer à prospérer.
Et cessons de nous raconter que les femmes et les enfants qui vivent ces violences ne parlent pas. Elles et ils parlent depuis longtemps, c'est nous qui refusons d'écouter et d'agir en conséquence.
Alors que nous devrions leur dire "Je t'entends, je te crois, je te protège ", ce que nous disons en réalité c'est "Tais-toi, tu mens, reste avec ton violeur"
Si vous ne me croyez pas, renseignez vous sur les mères en lutte, ou lisez le livre "Inceste d'Etat" de Romane Brisard. La réalité aujourd'hui en France, c'est qu'une mère qui a le courage de dénoncer l'inceste commis par son compagnon ou son ex compagnon a de grandes chances de perdre la garde de son enfant, voire de finir en prison. Et l'enfant d'être condamné à continuer à vivre avec son bourreau, "présumé innocent" ou auteur d'une "infraction insuffisamment caractérisée".
Alors oui et jusqu'à ce que cela change, les monstres ce ne sont pas Jeffrey Epstein, Joël Le Scouarnec ou Dominique Pélicot. Les monstres c'est nous.
Prenez soin de vous et surtout des autres
Guillaume