Episode Description
D'abord il y a eu Myriam.
Cette petite fille au visage d'ange emportée par la haine antisémite d'un homme dont le nom ne mérite pas d'être écrit ici. On trouve des pages et des pages sur le bourreau, mais si peu sur ses victimes.
Alors je voudrais commencer par rappeler leur nom.
Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouad et Abel Chennouf, tous les trois militaires.
Jonathan Sandler et ses deux garçons Arié 5 ans, et Gabriel 4 ans. Et donc Myriam Monsonégo, 7 ans.
Lorsque ces 3 enfants juifs ont été assassinés, j'avais 25 ans. Je n'avais plus l'excuse de l'adolescence. Pourtant je ne suis pas descendu dans la rue manifester pour la vie et la fraternité, comme je l'ai fait en 2015 pour les journalistes de Charlie.
Comme tant d'autres, je me suis dit que ces morts ne me concernaient pas vraiment. Cette lâcheté, je me la reprocherai toute ma vie. Aujourd'hui devenu père, je peux imaginer la destruction totale que provoquerait la perte de mes enfants de cette manière. Et le désespoir de me sentir si seul face à mon deuil, comme abandonné par mes frères et sœurs en humanité.
Et puis il y a eu Hind.
Cette petite fille au visage d'ange assassinée par l'armée israélienne, après avoir été en ligne pendant 3 heures avec les secouristes du Croissant Rouge.
Son calvaire a été raconté dans le film bouleversant de Kaouther Ben Hania "La voix de Hind Rajab". Allez voir ce film et parlez en autour de vous. On peut faire si peu face au massacre des enfants. Mais cela nous le pouvons, mais cela nous le devons.
Hind Rajab est devenue le symbole de ces plus de 20 000 enfants tués à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Près de 30 par jour. Ils sont aussi des milliers et des milliers à avoir été amputés.
Et le massacre continue. Depuis le "cessez le feu" du 10 octobre 2025, au moins 136 enfants ont été assassinés.
Malgré le cessez-le-feu, le génocide à Gaza continue - Amnesty International France
Je me demande souvent pourquoi les horreurs de Gaza me touchent autant. Après tout, je n'ai aucun lien affectif avec cette région, je pourrais me dire que tout cela ne me concerne pas. Comme je me l'étais dit de la mort de Myriam, Gabriel et Arié.
Il y a eu je crois plusieurs déclencheurs. Ces mois de dépression sur le premier semestre 2025 d'abord. Comme si d'avoir tant souffert m'avait, une fois sorti du tunnel, reconnecté à la souffrance des autres.
L'histoire d'Amna al-Mufti ensuite, découverte cet été pendant mes vacances, alors que mes enfants criaient leur joie si simple d'être en vie en courant sur les plages de l'Île d'Yeu.
https://cheresoubliees.fr/2025/08/31/amna-al-mufti-lenfance-massacree/
Mes enfants adorent la mer. Comme tant d'enfants. Comme Hind Rajab. Elle voulait tant que la guerre se termine pour qu'elle puisse retourner jouer sur la plage avec son petit frère. Mais elle ne verra plus jamais la mer.
Je crois savoir maintenant pourquoi les horreurs de Gaza me touchent tant. Si nous ne nous levons pas pour protester contre le génocide de l'enfance, alors pour quoi nous lèverons nous? Comment pouvons-nous espérer sauver notre humanité commune si nous ne sauvons pas nos enfants?
Un monde qui ne se lève pas pour défendre ses enfants vivants, et pour honorer la mémoire de ses enfants assassinés, est un monde qui meurt.
Et je refuse que notre monde meure.
On dit que les gens ne meurent vraiment que quand nous cessons de penser à eux. Je sais en tout cas que jusqu'à mon dernier souffle, je ne cesserai de penser à Myriam Monsonégo et à Hind Rajab, ces deux anges qui n'auraient jamais du mourir.