Angela Rostas, pas de minute de silence pour toi

May 10
14 mins

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Episode Description

Bonjour à toutes et à tous,


Pour le 36ème portrait des chères oubliées, voici l'histoire d'Angela Rostas, pas de minute de silence pour toi.


Vous n'avez peut-être jamais entendu parler d'elle.


Son nom, son histoire et son sourire éblouissant me seraient aussi restés totalement inconnus sans la mort du militant néo-nazi Quentin Deranque le 14 février dernier, lors d'une rixe à Lyon avec des militants antifascistes.


Après la honteuse minute de silence que lui a offert l'Assemblée Nationale, alors que son activisme néo-fasciste était déjà connu, ont fleuri sur les réseaux les visages de celles et ceux qui, tué·es par des militants d'extrême droite, n'avaient pas eu le droit à cet honneur. Dont celui d'Angela Rostas, mère de famille Rom de 40 ans, victime d'un assassinat raciste alors qu'elle était enceinte de 7 mois.


Il existe très peu d'informations sur sa vie, et je remercie du fond du cœur Eric Roset et Coline de Senarclens qui ont connu Angela de son vivant et ont bien voulu corriger la première version de mon texte. Tout comme Saimir Mile de La voix des Rroms pour les paragraphes évoquant l'anti tsiganisme et le génocide tsigane


Je suis d'ailleurs heureux de pouvoir publier ce portrait cette semaine, à quelques jours de la fête de l'insurrection tsigane qui aura lieu ce samedi 16 mai à partir de 12h30 devant la basilique Saint-Denis, et qui est justement dédiée cette année à la mémoire d'Angela Rostas.


Cette célébration annuelle commémore la révolte des prisonniers roms à Auschwitz-Birkenau, le 16 mai 1944.


Il y eut deux révoltes d'ampleur dans le plus tristement célèbre des camps d'extermination nazis.


Celle des Sonderkommmandos, ces unités de travail composées de prisonniers juifs dans leur très grande majorité, dont le rôle était de trier les affaires des déporté·es massacré·es et de brûler leurs cadavres dans les crématoriums du camp. Une histoire dont je vous reparlerai bientôt, car derrière le courage insensé de ces prisonniers se cache encore une incroyable histoire d'oubliées.


Et donc celle des prisonnières et prisonniers Roms. Le 15 mai 1944, les 6000 Roms du camp sont averti·es que les Nazis planifient leur extermination. Le 16 mai 1944, plus de 600 prisonnières et prisonniers roms ne se présentent pas à l'appel habituel du matin, mais se barricadent dans leurs baraquements. Elles et Ils s'étaient introduits au préalable dans un entrepôt de matériel pour s'armer de marteaux, de pioches et de pelles, et avaient démonté les parties en bois de leurs couchettes pour fabriquer des armes. Lorsque les SS rentrèrent dans les baraquements, elles et ils cherchèrent à se saisir de leurs mitraillettes.
Aucun Rom n'est mort dans les chambres à gaz ce jour-là. Craignant une révolte à l'échelle du camp, les nazis transférèrent 3000 Roms vers d'autres camps, ne laissant à Auschwitz que 3000 femmes, enfants, malades et vieillards. Elles et ils seront gazé·es le 2 août 1944, luttant jusqu'à leur dernier souffle contre leur extermination

La contre-vérité historique qui voudrait que les Juifs et les Juives n'aient pas résisté face à la Shoah l'est tout autant pour les Tsiganes. Aucun peuple n'a jamais accepté son extermination sans lutter de toutes ses forces, malgré l'écrasante supériorité de ceux qui voulaient les détruire.


N'oublions jamais leur immense courage.


Et rappelons nous toujours qu'hier comme aujourd'hui, le racisme tue aussi certainement que les balles et les bombes.


Prenez soin de vous et surtout des autres


Guillaume

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