Cerveau et sperme : un lien biologique insoupçonné ?

February 18
2 mins

Episode Description

Pour beaucoup, l’intelligence générale et la qualité du sperme n’ont rien à voir l’une avec l’autre : la première est une fonction cognitive, l’autre un paramètre de fertilité. Pourtant, une étude scientifique surprenante suggère qu’il existe une corrélation positive entre ces deux traits humains apparemment disjoints, et que comprendre ce lien peut enrichir notre vision de la biologie humaine. 


Dans une recherche publiée en 2008 dans la revue Intelligence, des scientifiques ont examiné un groupe de 425 anciens combattants américains de la guerre du Vietnam. Ces hommes avaient passé plusieurs tests d’intelligence bien établis (incluant des mesures verbales, arithmétiques et logiques) et fourni des échantillons de sperme analysés pour différentes caractéristiques qualitatives. 


Les résultats montrent une association positive, bien que modérée, entre le niveau d’intelligence générale (le fameux facteur g) et plusieurs paramètres clés de la qualité du sperme :

la concentration de spermatozoïdes,

le nombre total de spermatozoïdes,

et la motilité, c’est-à-dire la capacité de ces cellules à se déplacer efficacement. 


Statistiquement, ces corrélations ne sont pas liées à des facteurs évidents comme l’âge, l’indice de masse corporelle, ou le style de vie (consommation d’alcool, de tabac ou de drogues) : elles persistent même après avoir contrôlé ces variables. 


Alors, comment expliquer scientifiquement cette relation ? Les auteurs avancent l’idée d’un « facteur de forme physique phénotypique » : certains aspects de la santé biologique globale pourraient être liés à des ensembles de gènes qui influencent simultanément des fonctions cérébrales et des processus physiologiques dans d’autres organes, y compris les testicules. Cette hypothèse s’appuie sur le constat que beaucoup de gènes sont pléiotropiques – ils agissent sur plusieurs traits à la fois. 


Dans un contexte plus large, cette étude s’inscrit dans le champ émergent de la « cognition épidémiologique », qui explore comment l’intelligence est associée à des résultats de santé physique variés, de la longévité aux maladies cardiovasculaires. La corrélation avec la qualité du sperme est un exemple fascinant de la façon dont des dimensions neurocognitives et biologiques peuvent être interconnectées à un niveau fondamental. 


Cependant, les chercheurs eux-mêmes soulignent que la corrélation observée est relativement faible : elle ne signifie pas que les hommes plus intelligents sont automatiquement plus fertiles, ni que booster son intelligence améliorera directement la qualité du sperme. Il s’agit plutôt d’un indice d’un profil physiologique global où plusieurs systèmes corporels pourraient évoluer de manière quelque peu synchronisée. 


En neurosciences, ce genre de résultat nous pousse à repenser l’intelligence non seulement comme un phénomène cognitif isolé, mais comme un trait inscrit dans un réseau complexe de relations biologiques à l’échelle de l’organisme tout entier. 

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